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Personnel UNHCR à Goma, Nord-Kivu, 2011. 

 

On menait une vie paisible à Bukavu. On allait à l’école, on mangeait trois fois par jour. Ça a commencé en 1996. Notre tante a débarqué un jour et elle a dit : « Il y a la guerre à Uvira, on tue des gens là-bas… » Mon père a dit : « On part au village. » OK, on emballe tout ce que l’on peut. Et puis il a changé d’avis : « Non, non, ce n’est rien, il paraît. » Alors, on a déballé, puis remballé à nouveau. L’inquiétude s’est installée dans nos vies pour ne plus jamais la quitter. On suivait la progression des rebelles par ouï-dire… Et puis, un mardi, on a entendu les crépitements des tirs, tout près. À l’aube, on est partis au village. On a été bien accueillis, malgré les privations dues à l’affût soudain de réfugiés. J’avais 16 ans et, moi, je n’avais jamais connu la vie au village… La première fois que je suis allée puiser de l’eau, j’ai ramené mon bidon de 20 litres sur la tête, très fière, sauf que je ne savais pas qu’il faut quelqu’un pour t’aider à le poser sur le sol… Paf, le bidon s’est cassé. Lorsque nous sommes rentrés, ce n’était plus la même ville après les pillages… Beaucoup de gens avaient disparu et ceux qu’on appelait les rebelles avant dirigeaient maintenant la ville et tout le pays. J’ai eu deux vies, celle d’avant et puis celle de maintenant. Du moins suis-je en vie !

Titouan Lamazou

Navigateur et peintre, Titouan Lamazou a poursuivi depuis son plus jeune âge ces deux chemins en parallèle.
Il démarre ses premières expéditions ...

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